France : la loi antigaspillage alimentaire, un modèle à suivre?
Si, au Canada, les grands détaillants font certains efforts pour limiter le gaspillage alimentaire, en France, depuis 2016, une loi interdit aux chaînes d’alimentation de jeter de la nourriture encore comestible. L’épicerie est allée voir si elle est vraiment efficace et si elle pourrait inspirer les gouvernements d'ici.
À Templeuve-en-Pévèle, près de Lille, en France, Thomas Pocher est le directeur d’un hypermarché Leclerc. Avec ses équipes, il prend soin chaque matin de faire le tour des rayons pour retirer les produits qui approchent de la date de péremption. Objectif : les vendre au rabais ou encore les donner à des organismes de bienfaisance.
Interdit de jeter!C’est que la loi de 2016 est claire : il est interdit aux épiceries de plus de 400 m2 de jeter et de détruire de la nourriture encore bonne à la consommation. Les détaillants ont l’obligation de les vendre ou encore d’avoir des ententes avec des associations d’aide alimentaire.
On vend ici énormément de produits, explique M. Pocher : entre 35 000 et 40 000 tonnes par an. Donc à la semaine, c'est beaucoup et on est très efficace, on a seulement 1 % d'invendus. Mais 1 %, c'est une tonne par jour! Ce dont on n'avait pas conscience avant, c'est qu'on détruisait ces produits sans réfléchir.
On jetait tout! constate Christine Deleurence, la responsable antigaspillage du Leclerc. Tout allait dans les bennes. Chaque matin, elle décide des produits qu’elle va placer dans les rayons anti-gaspi, placés juste à l’entrée du magasin. Les clients adorent ça.
Au E.Leclerc Templeuve, la clientèle est friande de la zone «anti-gaspi», où plusieurs produits se trouvent au rabais. Une initiative qui permet de réduire le gaspillage alimentaire.
Les restes de viennoiseries, par exemple. Je vais les mettre à 30 % de rabais, ils sont encore bons jusqu'au 20 [novembre] et les clients peuvent les congeler. Ils sautent dessus à l'ouverture.
La zone ''anti-gaspi'' n’est plus un coin un peu sombre et un peu délaissé du magasin. Ça fait partie des ''must have'' qu'on a dans le commerce aujourd'hui et c'est important de le proposer.
Une citation deThomas Pocher, directeur, E.Leclerc Templeuve
Une loi audacieuse
La loi aura neuf ans en février. C'était la toute première loi française, mais aussi mondiale, de la lutte contre le gaspillage alimentaire, souligne Laurence Gouthière, responsable des études sur la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’agence gouvernementale de la transition écologique.
Et comme c'était la toute première loi, ça a mis un coup de projecteur sur le sujet. Ça a déclenché aussi toute une série d'actions dites anti-gaspi. Et la plus connue, c'est clairement le don. L'autre élément, ce sont les rayons anti-gaspi. Je pense qu'il n'y a pas un supermarché en France qui ne propose pas ça.
Au Canada, plus de 1,3 million de tonnes de nourriture est gaspillée en épicerie chaque année et pourraient être distribuées aux personnes dans le besoin.
En France, c’est moitié moins. Et, dans la foulée de la loi Garot, le pays s’est donné l’objectif de réduire le gaspillage de moitié d’ici 2030.
Laurence Gouthière, responsable des études sur la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’agence gouvernementale de la transition écologique
50 %, c'est très ambitieux, reconnaît Laurence Gouthière. C'est vraiment facile de réduire le gaspillage de 20 %, illustre-t-elle. Il suffit d'en parler, il suffit de créer une attention sur le sujet parce que c'est beaucoup de bon sens, le gaspillage. Mais ce palier de 20 % à 50 %, c'est là où c'est difficile.
Selon Thomas Pocher, on est tous un peu acteurs et il faut qu'on sorte du déni – les industriels, les commerçants et les consommateurs – sur le fait que, oui, on génère un peu de gâchis et oui, on peut en améliorer l'impact.
Au Leclerc de Templeuve-en-Pévèle, 90 % des invendus sont désormais valorisés. Et de 30 % à 40 % de ces invendus sont automatiquement donnés à des associations.
Des incitatifs fiscauxLa loi a prévu soutenir les commerçants qui donnent aux organismes. Pour Thomas Pocher, c'est aussi recevoir un crédit d'impôt en retour. Une économie de 30 % à 40 %, intéressante pour l’entreprise.
C'est une bonne pratique pour tout le monde. Les besoins en aide alimentaire ont augmenté de presque 200 % depuis 15 ans.
Une citation deThomas Pocher, directeur, E.Leclerc Templeuve
Ouvrir en mode plein écranThomas Pocher, directeur d’un hypermarché Leclerc à Templeuve-en-Pévèle, près de Lille, en France
PHOTO : RADIO-CANADA / L'ÉPICERIE
Les limites de la loiLa loi ne concerne que les établissements de plus de 400 m2. Les petits commerces peuvent continuer à jeter sans être dérangés. Et les amendes sont faibles : un peu plus de 5000 $ par établissement. Une poignée de petite monnaie pour les grandes chaînes. De plus, il est difficile d’épingler les contrevenants.
Cela dit, pour le directeur de l’hypermarché, la loi a eu son effet. Tous les grands détaillants ont embarqué dans la mise en valeur des zones antigaspillage et les dons aux associations.
La France a même créé en 2023 un label qui indique à la clientèle que son épicier fait les meilleurs efforts pour ne plus gaspiller. Une question de transparence.
Pour Thomas Pocher, la loi a obligé les commerçants à s'ouvrir les yeux, à prendre des initiatives qui touchent toute la chaîne alimentaire.
Je vous souhaite qu’au Canada il y ait aussi des acteurs, restaurateurs, commerçants ou autres, qui s'approprient les choses en disant : mais évidemment, c'est ce qu'on a toujours ressenti et c'est ce qu'il faut qu'on fasse au quotidien.
Interdit de jeter!C’est que la loi de 2016 est claire : il est interdit aux épiceries de plus de 400 m2 de jeter et de détruire de la nourriture encore bonne à la consommation. Les détaillants ont l’obligation de les vendre ou encore d’avoir des ententes avec des associations d’aide alimentaire.
On vend ici énormément de produits, explique M. Pocher : entre 35 000 et 40 000 tonnes par an. Donc à la semaine, c'est beaucoup et on est très efficace, on a seulement 1 % d'invendus. Mais 1 %, c'est une tonne par jour! Ce dont on n'avait pas conscience avant, c'est qu'on détruisait ces produits sans réfléchir.
On jetait tout! constate Christine Deleurence, la responsable antigaspillage du Leclerc. Tout allait dans les bennes. Chaque matin, elle décide des produits qu’elle va placer dans les rayons anti-gaspi, placés juste à l’entrée du magasin. Les clients adorent ça.
Au E.Leclerc Templeuve, la clientèle est friande de la zone «anti-gaspi», où plusieurs produits se trouvent au rabais. Une initiative qui permet de réduire le gaspillage alimentaire.
Les restes de viennoiseries, par exemple. Je vais les mettre à 30 % de rabais, ils sont encore bons jusqu'au 20 [novembre] et les clients peuvent les congeler. Ils sautent dessus à l'ouverture.
La zone ''anti-gaspi'' n’est plus un coin un peu sombre et un peu délaissé du magasin. Ça fait partie des ''must have'' qu'on a dans le commerce aujourd'hui et c'est important de le proposer.
Une citation deThomas Pocher, directeur, E.Leclerc Templeuve
Une loi audacieuse
La loi aura neuf ans en février. C'était la toute première loi française, mais aussi mondiale, de la lutte contre le gaspillage alimentaire, souligne Laurence Gouthière, responsable des études sur la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’agence gouvernementale de la transition écologique.
Et comme c'était la toute première loi, ça a mis un coup de projecteur sur le sujet. Ça a déclenché aussi toute une série d'actions dites anti-gaspi. Et la plus connue, c'est clairement le don. L'autre élément, ce sont les rayons anti-gaspi. Je pense qu'il n'y a pas un supermarché en France qui ne propose pas ça.
Au Canada, plus de 1,3 million de tonnes de nourriture est gaspillée en épicerie chaque année et pourraient être distribuées aux personnes dans le besoin.
En France, c’est moitié moins. Et, dans la foulée de la loi Garot, le pays s’est donné l’objectif de réduire le gaspillage de moitié d’ici 2030.
Laurence Gouthière, responsable des études sur la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’agence gouvernementale de la transition écologique
50 %, c'est très ambitieux, reconnaît Laurence Gouthière. C'est vraiment facile de réduire le gaspillage de 20 %, illustre-t-elle. Il suffit d'en parler, il suffit de créer une attention sur le sujet parce que c'est beaucoup de bon sens, le gaspillage. Mais ce palier de 20 % à 50 %, c'est là où c'est difficile.
Selon Thomas Pocher, on est tous un peu acteurs et il faut qu'on sorte du déni – les industriels, les commerçants et les consommateurs – sur le fait que, oui, on génère un peu de gâchis et oui, on peut en améliorer l'impact.
Au Leclerc de Templeuve-en-Pévèle, 90 % des invendus sont désormais valorisés. Et de 30 % à 40 % de ces invendus sont automatiquement donnés à des associations.
Des incitatifs fiscauxLa loi a prévu soutenir les commerçants qui donnent aux organismes. Pour Thomas Pocher, c'est aussi recevoir un crédit d'impôt en retour. Une économie de 30 % à 40 %, intéressante pour l’entreprise.
C'est une bonne pratique pour tout le monde. Les besoins en aide alimentaire ont augmenté de presque 200 % depuis 15 ans.
Une citation deThomas Pocher, directeur, E.Leclerc Templeuve
Ouvrir en mode plein écranThomas Pocher, directeur d’un hypermarché Leclerc à Templeuve-en-Pévèle, près de Lille, en France
PHOTO : RADIO-CANADA / L'ÉPICERIE
Les limites de la loiLa loi ne concerne que les établissements de plus de 400 m2. Les petits commerces peuvent continuer à jeter sans être dérangés. Et les amendes sont faibles : un peu plus de 5000 $ par établissement. Une poignée de petite monnaie pour les grandes chaînes. De plus, il est difficile d’épingler les contrevenants.
Cela dit, pour le directeur de l’hypermarché, la loi a eu son effet. Tous les grands détaillants ont embarqué dans la mise en valeur des zones antigaspillage et les dons aux associations.
La France a même créé en 2023 un label qui indique à la clientèle que son épicier fait les meilleurs efforts pour ne plus gaspiller. Une question de transparence.
Pour Thomas Pocher, la loi a obligé les commerçants à s'ouvrir les yeux, à prendre des initiatives qui touchent toute la chaîne alimentaire.
Je vous souhaite qu’au Canada il y ait aussi des acteurs, restaurateurs, commerçants ou autres, qui s'approprient les choses en disant : mais évidemment, c'est ce qu'on a toujours ressenti et c'est ce qu'il faut qu'on fasse au quotidien.