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La politique québécoise bouleversée par Trump

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​Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis bouscule les stratégies des partis politiques au Québec.
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Docteure en communication publique, Émilie Foster est professeure associée en politique appliquée à l’Université Carleton. Ses recherches portent principalement sur les partis politiques, la démocratie et la communication politique. Elle a été députée dans le gouvernement de la Coalition Avenir Québec de 2018 à 2022. Elle avait auparavant été conseillère politique au cabinet de François Legault dans l’opposition.  

Il n’y a pas qu’Ottawa qui y goûte : le retour de Donald Trump bouleverse aussi l’échiquier politique québécois. La façon dont les partis y répondront dans les prochains mois pourrait redéfinir la dynamique politique au Québec et mettre la table à l’élection de 2026. 

Pas le choix, les partis québécois devront revoir leurs priorités et articuler une vision pour le Québec dans un ordre mondial profondément transformé par ce retour au pouvoir. Ce n’était pas dans les plans, mais l’art de la politique en est aussi un d’adaptation… Tour d’horizon des enjeux. 


Coalition Avenir Québec (CAQ)Pour la CAQ, ce contexte représente une occasion presque inespérée de redorer son image avant le scrutin de 2026. « Peu importe ce que M. Trump va faire, je veux dire aux Québécois qu’on va vous protéger coûte que coûte et on va passer au travers ensemble », a soutenu mardi François Legault. Il reprend ainsi son rôle que je qualifierais de « papa protecteur », un positionnement qui lui a été bénéfique pendant la pandémie. Cette image d’un premier ministre qui prend soin de sa population et son expérience économique seront ses plus grandes forces pour traverser les turbulences de l’ère Trump. 
L’attention médiatique tournée vers le nouveau président américain pourrait servir le gouvernement. Les problèmes majeurs auxquels ce dernier fait face, comme les difficultés dans les services publics, obtiendront moins d’attention médiatique. Eric Girard, ministre des Finances, a même ouvert la porte au report de l’équilibre budgétaire.

Cependant, les tarifs douaniers ne sont pas comparables à la pandémie et le contexte politique a changé. Le gouvernement souffre de l’usure du pouvoir et la popularité de François Legault n’est plus ce qu’elle était au début de la COVID. Une aide économique aux entreprises trop importante ou mal ciblée pourrait provoquer de la frustration, notamment devant un déficit alourdi et des services publics défaillants. 

Le gouvernement se prépare depuis plusieurs mois au choc possible d’une administration Trump. Il devra maintenant prouver, avec un plan clair, qu’il a fait ses devoirs et qu’il est prêt à affronter la tempête. La CAQ dispose d’une occasion favorable… mais les risques restent élevés.

Parti québécois (PQ)En période d’incertitude, la tendance naturelle est de se rallier au gouvernement. À première vue, cela pourrait freiner l’élan du Parti québécois (PQ) et réduire son avance dans les sondages, du moins à court terme. Cette situation pourrait toutefois devenir une circonstance opportune à moyen terme si Paul St-Pierre Plamondon joue bien ses cartes. 

À lire aussi
Administration Trump II : le divorce du capitalisme et de la démocratie libéralePour s’en tirer avantageusement, le PQ devra démontrer sa crédibilité économique. Bien que François Legault soit souvent associé à la gestion économique, ses décisions — comme l’engagement de fonds de l’État québécois dans Northvolt — ont suscité de nombreuses critiques. La gestion de l’aide aux entreprises pendant la pandémie a été vivement dénoncée par la vérificatrice générale en 2021. Paul St-Pierre Plamondon a présenté une approche réfléchie en déclarant cette semaine, lors d’une mêlée de presse, son opposition à la création précipitée de programmes « mur-à-mur » pour les entreprises, qui risquent de provoquer du gaspillage et des dépassements de coûts.

Un autre facteur pourrait jouer en faveur du Parti québécois : l’économie n’est pas la seule préoccupation au Québec. Dans un contexte nord-américain marqué par la polarisation, le style Trump et la montée de la droite dure, la culture politique québécoise, fondée sur la modération et le consensus, offre un contraste saisissant. Le PQ, avec son ancrage solide dans les questions identitaires, pourrait habilement mettre en avant cette singularité pour incarner la différence québécoise.

Parti libéral du Québec (PLQ)Pour les libéraux, les turbulences provoquées par Donald Trump auront deux effets principaux : la course à la chefferie bénéficiera d’une couverture moins importante que ce que le parti aurait espéré et Donald Trump occupera une place considérable dans la course.

La question centrale pour les membres libéraux qui choisiront le prochain chef pourrait évoluer. Il ne s’agirait plus tant de déterminer qui est le mieux placé pour renouveler le parti — ce qui semblait favoriser Charles Milliard —, mais plutôt de savoir qui possède la stature et l’expérience d’un chef d’État capable de gérer les tempêtes que Trump pourrait déclencher dans les années à venir. Cette nouvelle dynamique pourrait plutôt avantager Pablo Rodriguez.

Fort de son expérience au sein du gouvernement Trudeau, qui a affronté le premier mandat de Trump, et de sa gestion de portefeuilles ministériels majeurs à Ottawa, Rodriguez apparaît comme un candidat robuste. Ce qui était perçu jusqu’à récemment comme un handicap — son appartenance à l’équipe Trudeau — pourrait finalement devenir un atout stratégique.

Québec solidaire (QS)Pour QS, le défi sera d’être visible. La couverture médiatique québécoise risque de se concentrer sur la CAQ, le PQ et le PLQ. Le retour de Gabriel Nadeau-Dubois sera crucial. S’il ne revenait pas de son congé de paternité (des rumeurs courent à ce sujet), cela constituerait un coup dur pour un parti qui stagne dans les sondages.

QS pourrait tenter de mettre en avant les inégalités exacerbées par les tarifs douaniers, en insistant sur les effets pour les plus vulnérables. Toutefois, dans un paysage médiatique saturé, sa capacité à se démarquer sera mise à rude épreuve.


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